Hasnae El Ouarga, ou la fabrique d’icônes

Les photographies de Hasnae El Ouraga, m’interpellent.
Elles convoquent pour moi l’iconographie chrétienne de la douleur;
En se réappropriant cette tradition iconographique, elle construit un réel allégorique.
Au-delà de la posture, du cadrage, des regards, sous son œil de photographe, ces femmes deviennent des madones.

Comme elle le stipule elle-même dans sa note d’intention : « through my shots I try to capture their moods, to explore the depths of their story and personhood and the metamorphosis of the state of mind. »
Emotion garantie, ces photos ne sont plus qu’une image statique, notre inconscient y plonge, ces photos de femmes deviennent des lieux de mémoire, on en ressentirait presque la douleur, la sérénité, les cris de rage, les espoirs … l’histoire de chacune de ces madones,
Toutes des icônes.

Zineb Andress Arraki, architecte et photographe

 

Wiame Haddad

Ceux qui restent 

2012 – 2016

 

La photographe a l’art de nous mettre en situation de malaise. De ces malaises constructifs, de ceux qui déconstruisent les aprioris que nous avons notamment sur ce qui peut être « montré » et sur la représentation du corps dans le milieu socio-culturel dans lequel l’artiste a grandi. Elle interroge, dans les différentes séries qui composent sa démarche photographique, la légitimité de son point de vue, elle qui est née à Lille en France d’un père et d’une mère maghrébins. La photographe choisit la posture de l’entre deux.

Son regard est-il occidental ? A quelle légitimité peut-elle prétendre ?

 

 

 

 

 

 

 

 

Elle a fait du « corps », le « corps » de sa démarche.  Tout en pudeur et en délicatesse, ses images n’en dégagent pas moins une réelle tension.  Sans doute en grande partie grâce à la force de persuasion dont a dû faire preuve la jeune femme pour convaincre son père – tunisien – de poser nu.

Le propos est politique. Le corps s’inscrit dans un contexte d’enfermement, de conflit intérieur ou provoqué par un contexte historique et social. De l’esthétique de ses images se dégage une douceur – qu’on imagine être un des traits de caractère de l’artiste – doublé d’une force « résistante ». On peut penser que Wiame Haddad participera au fil du temps à faire évoluer le regard que les continents portent les uns sur les autres…

Nathalie Locatelli – Fondatrice de la Galerie 127 – Marrakech